Incendie à Rouen

Incendie à Rouen : les 13 victimes identifiées

L'enquête se poursuit pour déterminer comment de simples bougies ont provoqué un incendie dans un bar de la ville samedi. Un expert en incendie a été requis.

SOURCE AFP

Modifié le 07/08/2016 à 09:37 - Publié le 07/08/2016 à 09:29 | Le Point.fr

Un incendie a fait 13 morts dans un bar à Rouen dans la nuit de vendredi 5 à samedi 6 août 2016. © AFP/ MATTHIEU ALEXANDRE

C'est l'incendie le plus meurtrier en France depuis 2005. Treize jeunes, âgés de 18 à 25 ans, ont trouvé la mort dans un bar de Rouen dans la nuit de vendredi à samedi lors d'un incendie provoqué par les bougies d'un gâteau d'anniversaire. Selon le vice-procureur de la République de Rouen, Laurent Labadie, les victimes ont toutes été identifiées. Parmi les six blessés, une femme, gravement brûlée, a été transférée à l'hôpital Saint-Louis à Paris, au service des grands brûlés. « Son pronostic vital est toujours engagé », a-t-il indiqué samedi soir. Les cinq autres blessés ont été hospitalisés au CHU de Rouen, mais en sont sortis, selon Yvon Robert, le maire PS de la ville.

Selon une source policière, la personne qui fêtait son anniversaire était une ancienne adjointe de sécurité de la police, née à Mont-Saint-Aignan, au nord de Rouen, mais elle n'a pas exercé cette fonction très longtemps. Elle fait partie des 13 victimes du sinistre. Une autre victime est une jeune fille de 18 ans, qui venait d'avoir son bac et rêvait d'être infirmière, a révélé sa mère, en pleurs, près des lieux du drame. L'autopsie des victimes aura lieu au cours de la semaine prochaine et prendra plusieurs jours, selon Laurent Labadie.

Samedi, autour de ce qui reste de la devanture rouge et orange partiellement calcinée et détruite du Cuba libre, un périmètre de sécurité constitué de barrières métalliques a été dressé. La vitrine a été détruite et le store a brûlé. Plusieurs anonymes ont déposé des bouquets ou des roses. Après plusieurs membres du gouvernement, le président François Hollande a fait part dans un communiqué de « sa solidarité et sa compassion à l'égard des familles » des victimes. « Tout sera fait dans le cadre de l'enquête judiciaire en cours pour connaître les causes de cet accident dramatique. »

« Un escalier étroit et assez raide »

L'incendie s'est déclenché vers minuit dans une salle au sous-sol de l'établissement. « J'étais au bar, au rez-de-chaussée, en train de prendre un verre. On a vu les flammes : c'était comme un lance-flammes, tout a été très vite », a témoigné Stéphanie, 36 ans. Selon les premiers éléments de l'enquête, « quelqu'un est descendu avec un gâteau d'anniversaire avec des bougies et a chuté dans l'escalier », a affirmé le vice-procureur à l'Agence France-Presse. « Il y a eu projection de bougies sur les murs et sur le plafond, sur lequel il y avait un isolant phonique. Il y a eu une inflammation immédiate et la propagation de gaz », a-t-il ajouté.

Tous les témoins n'ont pu être entendus samedi, certains étant très choqués. Une cellule de soutien médico-psychologique a été mise en place. L'enquête ouverte pour « recherches des causes de la mort » devra confirmer le scénario et se penchera notamment sur le respect des normes de sécurité. Un expert en incendie a été requis par le parquet et a fait ses premières constatations dans l'après-midi. « Une fois le rapport écrit, on verra s'il y a des choses à reprocher au gérant du bar ou au propriétaire de l'immeuble », a dit Laurent Labadie.

L'expert va aussi « nous éclairer sur les conditions de propagation » des flammes et des fumées « telle qu'elle a empêché les gens de sortir » du sous-sol. Une salle aménagée avec « un escalier étroit et assez raide », avait-il expliqué, interrogé dans l'après-midi sur l'aspect « souricière » du lieu. Les pompiers, contactés à 0 h 20, « sont arrivés rapidement », selon la préfecture. Un passant, Amar Ould Said, 40 ans, les a vus « qui sortaient les corps toutes les 2 minutes. De l'autre côté de l'avenue (Jacques-Cartier, NDLR), ils avaient aménagé un espace pour les blessés. »

 

L'incendie du 5/7

La boîte de nuit avait été inaugurée en avril 1970 et drainait régulièrement des jeunes venus des régions de VoironChambéry et Grenoble.

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1970, vers 1 h 40 du matin, alors qu'environ 180 personnes sont présentes dans l'établissement, le sinistre s'est déclaré. Il s'est rapidement propagé aux décors de la boîte de nuit et au mobilier, faits de papier mâché et de polystyrène expansé3. Les sorties de secours sont verrouillées pour éviter les resquilleurs, ce qui pousse les jeunes à tenter vainement de sortir par les tourniquets d'entrée car ils ne tournent que dans un sens (celui pour entrer)1. Lorsqu'une trentaine de personnes réussit à s'échapper en forçant une issue de secours, l'appel d'air créé entraine une boule de feu qui traverse toute la discothèque4. Les lieux sont dépourvus de téléphone3, un des directeurs de l'établissement, Gilbert Bas, se rend en voiture à Saint-Laurent-du-Pont pour donner l'alerte. À son retour sur les lieux avec les secours, il est trop tard, le feu a déjà englouti le bâtiment.

Le bilan élevé de cet incendie est dû au fait que les sorties étaient condamnées et aux fumées toxiques dégagées par la combustion des décors.